• Memories

     

    Il est des périodes où les souvenirs affluent, des images en rafales, des ressentis. Aux êtres disparus pour l’éternité, je me délecte de vos sourires, vos rires ; ces bons moments qui paraissent si proches et pourtant si loin désormais. Vous vous êtes échappés de la vie, de votre propre volonté ou par la force des choses. Les larmes de joie ont laissé place à des perles salées, qui sont comme une caresse sur mes joues. C’est votre âme qui continue d’exister et qui fait que je ne vous oublierai jamais.

    J’ai aussi au fond de moi une rage que je contiens tant bien que mal. Pourquoi ? Pourquoi l’envie de mort l’a emporté sur la vie, pourquoi tu n’as pas voulu te battre ? Pourquoi l’amour n’a-t-il pas vaincu ? Serait-ce seulement dans les films romantiques et les contes de fée ? Dans la vraie vie, il n’y a donc pas assez de place pour les passés difficiles, trop encombrants à trimbaler… J’aurais voulu que tes doigts ne lâchent pas les miens, que tu te sentes chez toi dans un ailleurs moins sombre et froid. Tu as finalement trouvé une forme de bonheur tandis que je cherche encore le refuge du mien.

    Et toi, père exigeant et sévère que tu as été, es-tu fier de ta prisonnière évadée traînant toujours ses boulets ? Je me suis défait de tes œillères, j’ai quitté tes sentiers tout tracés et ai pris les miens. Certes sinueux et infréquentables pour certains, dérapages, agressive et agressée, voilà la recette explosive qui a fabriqué ma cuirasse. La violence de tes mots arrive encore à m’atteindre ; je fais en sorte qu’ils rebondissent pour aller se perdre dans le néant. Personne n’est parfait, peut-être croyais-tu bien faire… Malgré cette rancœur tenace, la maladie n’avait pas le droit de te prendre si brutalement ; tu as raté tellement de choses mais tu m’as tant appris. Les murs résonnent encore du son de ta voix, de tes éclats de rire, de ta passion.

    Et puis il y a ceux qui font un passage dans notre vie, et partent sans se retourner. Un adieu sans explication. Où que vous soyez, dans l’air ou sur terre, je garde le souvenir de ce temps comme une blessure, une cicatrice ; des traits qui s’estompent, le flou d'une silhouette dans la brume, une étoile dans le ciel, un léger souffle dans le cou... Un souvenir appartient au passé mais est toujours présent.

     

    © Little Shadow (musique : Oursvince "Memories")

    « Brève parenthèse"La différence invisible" de Mlle Caroline & Julie Dachez »

  • Commentaires

    1
    Jeudi 2 Mars à 19:22

    J'ai l'impression qu'en laissant un commentaire sous ce texte, je m’immisce dans ta vie privée et que je ne suis pas à ma place, ce que je suis.

    Mais tant pis. Parce que je voulais juste te dire que tes mots m'ont donné les larmes aux yeux. Et que quand tu écris des textes en  prose, je ressens parfois plus (+) de poésie, je ressens des choses si merveilleuse car ton texte est si beau.

    Je ne sais que dire face à un tel talent. Je n'ai pas non plus les mots pour t'encourager. Je n'ai les mots pour rien. C'est toi la maîtresse de ces mots.

    Bravo.

    -Lou

      • Jeudi 2 Mars à 19:37

        Wow.... Je ne sais pas quoi dire. Je dévoile quelques bribes de moi ; il est parfois difficile de contenir tout cela en soi alors je l'exorcise par la prose. Mais t'inquiètes, tu n'es nullement indiscrète en t'arrêtant par ici pour écrire ces quelques mots.

        Je suis touchée que mes mots ne laissent pas insensibles. Merci beaucoup pour ce compliment qui me va droit au cœur. Merci infiniment.

      • Jeudi 2 Mars à 20:23

        Merci à toi, pour tout, pour tes mots, pour ton partage, pour ta poésie

    2
    Vendredi 3 Mars à 16:18

    C'est très émouvant, ce témoignage de fidélité aux êtres chers qui ne sont plus là. Ça me touche d'autant plus que, lorsque je lis les lignes concernant ton père, j'ai l'impression de revivre mon histoire.

    C'est juste pour te dire que je comprends.

    Prends soin de toi.

      • Vendredi 3 Mars à 18:57

        Quelque part, ça me rassure de savoir que quelqu'un me comprenne. Les gens ne peuvent pas se mettre à notre place, donc parfois pour nous comprendre, c'est compliqué et on a l'impression qu'il faut se justifier.

        Merci Eymèle (et j'espère ne pas avoir remué trop de choses en toi avec cette lecture).

      • Samedi 4 Mars à 14:56

        Ne t'inquiète pas, ça va :)

    3
    Mardi 7 Mars à 19:46

    Quand la mélancolie nous prend par le cou et nous ramène en arrière... C'est superbe en tout cas...

    4
    Mardi 21 Mars à 20:19

    Je relis ce texte et je suis frappée par la force qui se dégage de tes mots. C'est magnifique.

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :